c’est vivre et le plus possible. »
L'arrivée de l'automne donne des frissons ; non pas de ceux qui se plantent dans les dernières lombaires, font vibrer la moelle, électrisent chaque nerf jusqu'à la première cervicale, et au delà, dans le labyrinthe des méninges, en vous faisant vous cambrer, vous redresser vers les cieux, comme une bête affamée de tendresse... Non ! Ces frissons glaçant qui nous font nous recroqueviller comme un petit enfant apeuré, sans défense. Perdu.
J'aimais ces moments, dans l'eau, ces dernières semaines d'été. Et tout particulièrement lorsque, sur le dos, les bras en croix, je me laissais porter par la tranquillité des flots. Alors, je fermais les yeux. Je percevais à cet instant la quintessence de l'univers. Dans le doux silence de la mer.
Un jour, j'ai compris que seule l'étreinte de l'océan est véritablement sincère. Que seule sa caresse est vraie. Sans doute parce que la mer ne nous porte aucun intérêt ; sans doute parce que, si l'on y prend pas garde, en quelques secondes, son emprise pourrait être mortelle ; sans qu'elle ne nous veuille aucun mal. Juste comme ça, parce que ça pourrait être aussi simple.
La fin pourrait être aussi simple.
Parce qu'après, il y a aussi ces yeux, ces mains, ces lèvres... Toutes ces peaux affamées que la mienne, affamée, affolée, curieuse et suppliante, cherche et désire. Affamée. Et pour quels instants de mensonges ? Et pour quelles vérités ? Croire à l'espace plus qu'à l'aile...
L'amour dit-on ? (le mal de mer soudain, et la nausée qui l'accompagne).
« Qu'es-tu donc toi qui m'aimes ?
Le miroir où je me regarde ou l'abîme où je me perds ? » *
Sans doute un peu des deux. Comme je le suis. Aussi.
Alors ? On se mire ou bien l'on saute ?
On pourrait seulement vomir... et retourner à l'océan, sans dire un mot, mais pour prendre exemple. Se submerger de cette grâce. Seulement. Parce que ça pourrait être aussi simple.
*Gustave THIBON, L'ignorance étoilée.
(On entend le cliquetis des anneaux de métal, le froissement aigüe du nylon et du cuir, l'écho étouffé des respirations haletantes, les percussions rythmiques de la pression sanguine... On pourrait même percevoir l'humidité qui naît ça et là dans la moiteur des lieux. Et on attend, immobile et inquiet...)
Sans réelle motivation, parce que la fatigue, à nouveau, mais bien qu'elle fut là une heure plus tôt (la motivation), direction la plage, le Radar, La Pallice, 20h30.
J'y retrouve Dora et Summer.
Le vent est frais, la marrée haute et les vagues violentes. Le soleil se couche derrière la dune de pierre.
Aucune hésitation. Je me jette à l'eau.
Tout geste est bon pour ne pas couler. Et même s'il faut parfois boire la tasse, il convient de garder la tête hors de l'eau.
Plus tard, j'écris à Fabienne : "Je suis comme la mer : mon cœur est froid, mon âme est sombre et mon esprit est sale !"
Elle me répond ; me demande "pourquoi cette humeur ?".
Alors, je me souviens. "Tout est une fiction. Seul ce que nous croyons est vrai !"
Mais il est de ces êtres, subtiles et magnifiques, qui parviennent à vous faire admettre que seul ce qu'ils croient -eux- est vrai.
Débute soudain cette lente méditation de ce vieux proverbe arabe : "On est mieux assis que debout ; on est mieux couché qu'assis ; on est mieux mort que couché".
Je me penche, empreint de doute sur la marche à suite. Le vertige me saisi. Je sais où je fout les pieds. Il faudra du temps...
Il faudra cheminer tout au long des neuf cercles... Des Enfers, bien évidement.
Serais-je de ceux condamnés au huitième ? Tirailler entre la cinquième fosse, celle des concussionnaires et des prévaricateurs (ceux qui ont vendu la justice ou qui ont gravement et volontairement manqué à leur devoir), la neuvième fosse, celle des semeurs de trouble ou la dixième fosse, celle des charlatans et faussaires ?
Il me faudrait lui demander son avis. Il me faudrait un verdict définitif et sans appel. De celle qui juge.
Le bruit rythmique de l'océan caressant le sable et les galets couvre parfois nos mots. Quelques coockies (made in Summmer) purement américain et véritablement délicieux, et un Montbazillac 2005. L'horizon nous contemple, un croissant de lune planté sur son front couronné de nuages.
Et dans l'ivresse délicate, la lucidité : ce que nous croyons est la seule certitude que nous pouvons avoir. (Pauvre de nous, qui nous raccrochons parfois à pas grand chose...).
Enfin l'envie de hurler à la face du néant, de gueuler plus fort que l'océan, d'emplir ses poumons des cieux pour mieux recracher le fiel dont on fut maculé.
Réfléchir, détourner, pirater, sampler, affûter son sens de l’analyse, retourner la balle à l’envoyeur, aiguiser son regard, canaliser sa rage, apprendre à ne plus prendre les vessies pour des lanternes, résister, se mettre en danger, faire face, relever la tête, répliquer, lutter, se battre...
Encore... Encore !
J'avais ajouté, à Fabienne, "la vie est belle".
Je ne parviens pas à en démordre. Et je refuse l'immobilité. Pas construit pour rester allongé !
Dans la nuit, Dora m'a dit : "je suis heureuse que tu sois vivant".
ZOON de Toufik O.I.
"Chorégraphie en trois volets revisitant le thème de l'animalité. Chacune des pièces bouscule à sa manière nos représentations de l'Animal et déplace un peu plus sa frontière avec l'Humain."
Chorégraphe : Toufik OUDRHIRI IDRISSI
Musique : Adhémar DUPUIS
Lumières : Paul BEAUREILLES
Plasticiens : Lara BLANCHARD (conception des costumes), Jean-Robert LEBRUN (vidéo), Alain TREHARD (écran de plumes et masques)
Réalisation scénographique : Le Moulin du Roc, Marie-Odile CHAUVIN, Alain TREHARD
Interprètes : Franck DELEVALLEZ, Pauline GESLIN, Johanna MANDONNET, Léonard RAINIS, Carole VERGNES
Première Mardi 10 mars 2009, 20h30, Scène Nationale LE MOULIN DU ROC, Niort (79)
Photographies : João GARCIA
1 - Carole et Franck devant l'écran de plumes.
2 - Carole, Pauline et Léonard (masqués, devant une des trois parties de l'écran).
3 - Pauline.
4 - Franck et Léonard.
5 - Johanna et Pauline soulevant Carole.
6 - Franck (de face) et Léonard (masqués, devant l'écran).
7 - Franck, Carole, Johanna, Pauline (de gauche à droite).
8 - Léonard.
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